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AFRICA MUST BE FREE, NOW!!!!

Fakourou COULIBALY

découvrez le Mali autrement...
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15 octombrie

La chasse au clandestin

La fuite de Déguéni...

La venue d'un groupe de maliens à Angers dans le cadre de la coopération avec Bamako a été pour moi l'ocasion d'être témoin des conséquences du climat actuel vis-à-vis de l'immigration et de ses détestables effets en terme de tensions sociales. Je m'explique... Tout d'abord, alors que cet échange existe depuis plus de trente ans, les participants se sont d'abord vu purement et simplement refuser leur visa , qui leur a finalement été accordé le jour même du départ à l'exception de deux jeunes qui ont du restés à Bamako. Les 14 participants finalement retenus sont donc arrivés à Angers où tout s'est plutôt bien passé... jusqu'à la disparition mystérieuse de l'un d'entre eux. Après avoir alerté la police en pensant qu'il s'était peut-être perdu, les responsables maliens du groupe ont reçu un message de Déguéni (le jeune disparu) qui disait:" Désolé je suis à Marseille...", piètre tentative de diversion puisque le n° a aussitôt été identifié comme celui d'une cabine téléphonique parisienne. A partir de cet instant, il n'y avait plus de doutes sur le fait que Déguéni s'était pour ainsi dire sauvé dans la nature profitant de ce voyage d'échange pour immigrer clandestinement en France. Peu surprenant compte tenu du fait que le pauvre garçon est en fait, d’après ce que j’ai compris plus ou moins sans-abri à Bamako et que sa vie là-bas doit être plus difficile qu’on ne peut l’imaginer…

Mais ce qui m’a le plus surpris au début c’est la réaction quasi-haineuse de ses « camarades » maliens prêts a tout mettre en œuvre pour le retrouver et le ramener de gré ou de force, voir pour certains a lui casser tout simplement la gueule. Peu à peu, en posant des questions ou en écoutant les conversations, j’ai réalisé que la violence de ce ressentiment était véritablement liée au climat d’extrême tension qui règne actuellement autour des questions d’immigration. Les plus virulents du groupe étaient en fait les responsables qui craignaient carrément d’être traduits en justice, et ceux qui espéraient obtenir plus tard une carte de séjour pour venir étudier ou travailler en France et qui craignaient quant à eux d’être désormais « associés » au cas de Déguéni pour les autorités consulaires françaises ce qui ces temps-ci suffit à diminuer sérieusement les déjà maigres chances d’obtenir le précieux sésame. Mais plus surprenant, et même choquant pour moi fut la réaction des responsables français qui craignaient quant à eux (décidément, et c’est bien là le problème, tout le monde craignait quelque chose dans cette histoire) que la fuite de Déguéni ne signe la fin des échanges Angers-Bamako (qui ont pourtant lieu depuis plus de 25 ans) et qui ont donc mis tous les moyens en œuvre pour le retrouver et le ramener a tout prix, quitte à employer des méthodes rappelant parfois celles de polices politiques tristement célèbres.

Ainsi ils ont commencés par activer leurs réseaux, d’abord à Bamako où ils ont obtenus en faisant pression sur des membres de sa famille le mot de passe de la boite mail du malheureux, ce qui leur a permis au passage de découvrir que celui-ci préparait sa « fuite » depuis 2004 et qu’il avait donc adhéré à l’Association des Amis d’Angers l’unique but d’immigrer clandestinement en France (ce qui a évidemment renforcé a rancœur des autres maliens a son égard car ils se sont sentis encore davantage trahis). Mais ce n’est pas tout, les responsables angevins ont également découvert l’identité de ses correspondants maliens à Paris qui devaient l’accueillir. Ensuite, ils ont pu contacter cette famille grâce au réseau malien de Paris et, en se faisant passer pour les services d’immigration, ils ont fait pression sur eux en les faisant craindre (tiens donc, encore la crainte…) pour leur propre situation afin qu’ils acceptent de leur « livrer » le pauvre Déguéni. Ces détestables méthodes étaient donc sur le point de porter leurs fruits mais, ayant appris que des gens venaient le chercher, Déguéni a pris peur et est de nouveau parvenu à s’enfuir dans la nature… Pas pour longtemps car le redoutable lien social existant entre les membres de la communauté malienne où qu’ils se trouvent a joué contre lui. En effet, il a bientôt été repéré dans un foyer de travailleurs immigrés. Les responsables angevins ont donc aussitôt organisé en hâte une autre expédition de secours, ou plutôt de chasse selon le point de vue, et ont finit par l’attraper dans un restau où le malheureux avait déjà réussi à trouver du travail. Il a donc été ramené de force a Angers la veille du départ du groupe où, pour éviter une nouvelle fuite, il a été tout bonnement enfermé toute la nuit dans les locaux de l’OCIA (office de coopération internationale de la ville d’Angers). Tout est bien qui finit bien diront les angevins et pourtant, toute l’affaire et surtout son dénouement m’ont véritablement fait de la peine car (mais j’avais l’impression d’être le seul dans ce cas) je ne pouvais pas m’empêcher d’éprouver de la compassion pour le pauvre Déguéni, traqué et arraché à un travail et une situation certes précaire et illégale mais qui, j’en suis sur, valait cent fois mieux que la galère sans nom dans laquelle ses « camarades » maliens l’ont replongé de force en le ramenant à Bamako. Quant à l’attitude des responsables angevins dans cette histoire, elle m’est apparue profondément scandaleuse et surtout illégale, mais les raisons sont encore une fois à rechercher dans le climat actuel d’extrême tension autour des questions d’immigration et en l’occurrence aussi dans le fameux adage "la fin justifie les moyens…"


12 iulie

Le syndrome du "blanc-noir"...

 
Les Toubaboufin
Dès les débuts de la présence francaise en Afrique noire, certains africains ont pris le parti des blancs, ou ont tout du moins choisi de se mettre de leur coté, le plus souvent sans doute par nécessité alimentaire. Dans son autobiographie Amkoullel l'enfant peul, Amadou Hampaté Ba décrit déja ce phénomène en qualifiant ces africains de "blancs-noirs" (toubaboufin) comme ils étaient surnommés à l'époque. Il s'agissaient d'abord du personnel de maison des colons qui en les cotoyant tentaient d'adopter dans la mesure du possible leurs manières et leur mode de vie, puis ce furent les premiers indigènes formés à l'école francaise et qui furent les premiers africains à travailler au service de l'administration francaise. Si ce choix ne suscitait que du mépris de la part des autres africains qui refusaient d'accepter la domination coloniale, c'est surtout leurs tentatives d'adopter le mode de vie européen qui leurs valaient les plus violentes moqueries. En effet, ils restaient malgré tout des africains fortement déterminés par leur culture d'origine et ne pouvaient pas devenir européens uniquement en se mettant a porter des pantalons ou en utilisant des mouchoirs en tissus (voir Amkoullel), en revanche, en adoptant une partie des moeurs européennes, ils se mettaient eux mêmes en marge de leur société d'origine. Résultat, ils n'étaient plus vraiment des africains, mais n'étaient pas devenus européens pour autant...
 
Résurgence du syndrome
Vous me direz, pourquoi publier un texte sur ce sujet aujourd'hui, près d'un mois après mon retour du Mali? Et bien parce que je suis actuellement à Angers avec Lalia et un groupe de maliens venus dans le cadre du jumelage Angers-Bamako et qu'elle m'a raconté une scène qui s'est déroulée hier soir et qui montre que ce que j'appelle le syndrome, ou plutôt en l'occurence le complexe du "blanc-noir" reste encore présent aujourd'hui. En effet, le groupe s'est réuni hier soir et il a entre autre été question de la situation particulière de Lalia du fait de ma présence au sein du groupe qui nécessite quelques petits arrangements. Or, certains se sont énervés en affirmant qu'elle n'avait pas prévenu le groupe, et que cela risquait de créer un précédent pour les autres voyages d'échanges etc etc. J'étais assez surpris de ces réactions de la part de maliens qui sont en général très arrangeant et pas très a cheval sur les questions de rigueur et de prévoyance.
Mais Lalia avait comme toujours l'explication : le complexe du "blanc-noir". Je m'explique... D'après elle, les quelques personnes qui se sont émues de la situation sont en réalité obsédées par le fait qu'on puisse penser que les maliens ne sont pas capable d'organiser ce genre de voyage de manière aussi rigoureuse que les toubabs et sont donc a l'affut du moindre accroc qui pourrait donner une image "négative" de la capacité organisationnelle des maliens. Du coup, en voulant a tout prix contrecarrer par avance une mauvaise image qu'on pourrait avoir d'eux (du moins c'est ce qu'ils imaginent du fait de leur complexe du blanc-noir), ils pêchent par excès inverse, c'est à dire par une rigueur qui relève plus de la rigidité. La preuve: notre situation particulière n'a posé aucun problème aux responsables français!! Mais le problème, c'est que en voulant a tout prix se montrer plus toubab que les toubabs, ils en viennent forcément à abandonner une partie de leur identité malienne qui fait pourtant la richesse de ce peuple, en l'occurence l'hospitalité, vis-à-vis de moi, mais pas seulement comme le montre cette autre anecdote. Alors que le ton montait dans le réunion (comme souvent lorsque des maliens discutent de manière animée), un toubab qui passait par là a ouvert la porte pour les saluer et savoir si tout allait bien. Et à la grande stupéfaction (pour ne pas dire honte) du reste du groupe, l'ancien président de l'association malienne qui était justement un de ceux qui protestait contre notre situation, au lieu de le saluer et de se présenter, l'a à moitié aggressé, expliquant qu'ils étaient en réunion et qu'ils ne voulaient pas être dérangés. Trop géné, le toubab s'est retiré avant même que le reste du groupe n'ait pu corriger le tir en se présentant.
Bien que le contexte soit extremement différent, la conclusion est la même qu'à l'époque d'Amadou Hampaté Ba. En voulant a tout prix adopter le comportement des toubabs, avec les intentions tout-à-fait compréhensible par ailleurs de changer l'image a priori négative des maliens sur certains points comme la rigueur et l'organisation, les victimes du complexe du "blanc-noir" en arrivent a abandonner ce qui fait la spécificité et la richesse de leur culture, leur valeur ajoutée en quelque sorte. Certes, les toubabs sont rigoureux, performants, et réussissent donc souvent mieux, mais ils sont aussi beaucoup plus individualistes et, du point de vue maliens, beaucoup moins respectuex des autres. Au contraire, les maliens font preuve d'une formidable capacité d'acceuil et d'hospitalité qui font qu'ils sont ce qu'ils sont, c'est à dire des êtres humains également dignes de respect que les toubabs mais dont la valeur humaine se situe à un niveau différent. C'est ce que semblent avoir oubliés les nouveaux "blancs-noirs" et c'est bien dommage...
 
Une question beaucoup plus complexe qu'elle n'en a l'air
Après avoir lu ces deux paragraphes, on pourrait penser que ma position sur cette délicate question des différences culturelles et des influences des unes sur les autres est simple: en essayant d'adopter des traits d'une culture différente de la leur mais qui dans le monde actuelle semble offrir plus de perspective en terme de réussite et d'épanouissement (la culture occidentale), non seulement ils ne parviennent jamais réellement a devenir des occidentaux, mais en plus ils cessent d'être ce qu'ils étaient à l'origine, a savoir en l'occurence des maliens pleinement intégrés dans leurs références culturelles. Résultat, on devient quelque chose d'autre, une espèce d'entre-deux ce qui est la pire des situations. Et bien non, ce n'est malheureusement pas aussi simple... Ce billet étant déja bien trop long, je ne me lancerai pas dans un nouveau développement constituant l'anti de la thése développée plus haut, mais pour poursuivre la réflexion dans cette direction, je recommande fortement la lecture de Kirinyaga, receuil de nouvelles de Michael Resnick dont voici le résumé figurant en 4e de couverture:
"Kirinyaga, c'est le nom que portait le mont Kenya lorsque c'était encore la montagne sacrée où siégeait Ngai, le dieu des Kikuyus. C'est aussi, en ce début du XXIIe siècle, une des colonies utopiques qui se sont créées sur des planétoïdes terraformés dépendant de l'Administration. Pour Koriba, son fondateur - un intellectuel d'origine kikuyu, qui ne se reconnaît plus dans un Kenya profondément occidentalisé -, il s'agit d'y faire revivre les traditions ancestrales de son peuple. Tâche difficile. Que fera Koriba, devenu mundumugu, c'est-à-dire sorcier de Kirinyaga, quand une petite fille surdouée voudra apprendre à lire et à écrire alors que la tradition l'interdit ? Ou lorsque la tribu découvrira la médecine occidentale et cessera de croire en son dieu, et donc en son sorcier ? L'utopie d'une existence selon les valeurs du passé est-elle viable dans un monde en constante évolution ?"
Je vous laisse découvrir par vous-même la réponse apportée a cette question au combien délicate par l'auteur...
 
Pour terminer je voudrais rendre hommage à ma bien aimée Lalia sans qui la plupart des textes de ce blog n'aurait jamais été écrits, ou auraient été bien moins interessants car c'est presque toujours à l'issue de grandes discussions avec elle sur les maliens et les différences culturelles que me sont venues les idées qui ont alimentées les pages de ce blog... Né bi fè kossobé kossobé diaraby...
 
3 mai

DEMOCRATIE et RESPECT DES DROITS DE L'HOMME au Mali

 
A l'occasion des élections présidentielles qui battent leur plein (expression peu adaptée vu l'absence totale de suspens et donc de mobilisation de la population) à l'heure actuelle au Mali, on entend partout le terme de démocratie pour qualifier le Mali et même l'expression  d'"exeption démocratique malienne" tant vantée du fait que le Mali connait depuis le début des années 1990 une indéniable paix sociale, un climat politique apaisé et des élections libres, ou du moins beaucoup plus libre que dans la plupart des autres pays de la sous-région. Cependant, sans remettre en cause cette affirmation qui pourtant meriterait sans doute de l'être au vu des premières contestations et dénonciations de fraudes lors du premier tour et au-delà, de la légendaire corruption des élites maliennes; il faut attirer l'attention sur la situation sociale dramatique de ce pays pas seulement en terme de pauvreté qui est bien entendu effarante et à la base de la plupart des difficultés de la population, mais aussi en terme de non respect des droits de l'homme dans de nombreux domaines, non-respect dont la responsabilité est a attribuer à part égale aux autorités officielles (police-justice) et traditionelles (chefs de familles et autorités coutumières contribuant à légitimer des pratiques barbares au nom de la tradition).
 
Malgré maintenant sept mois à partager ou du moins a constater au plus près les conditions de vie de la population malienne, je continue de découvrir l'étendue des violations des droits de l'homme et je me désepère chaqe jour un peu plus du caractère extrèmement dur et violent de la vie dans ce pays du fait des problèmes économiques aussi bien que sociaux. Si l'on se réfère au concept de droits de l'homme tel que défini depuis la déclaration de 1789 jusqu'à la déclaration universelle de l'ONU de 1948, on peut isoler des droits dits de première et de deuxième génération. Pour le cas du Mali comme des autres pays issus du Tiers-Monde ou "en développement" selon la pudique expression consacrée, il faut d'emblée oublier la deuxième génération qui est constituée de droits relatifs à la situation socio-économique et à la recherche d'une certaine forme d'égalité économique et de bien-être (droits à la santé, à l'éducation, au travail ou encore à la sécurité sociale, aux loisirs etc.). De ce coté là, il est clair que la situation économique du pays n'offre aucune perspective d'amélioration immédiate.
 
Quant aux droits de la première génération, on peut également les diviser en deux catégories: les libertés publiques et les libertés individuelles. Les premières permettent d'affirmer ou non l'existence d'un état de droit et d'un régime démocratique et elles paraissent plutot bien respectées au Mali, tout du moins assez pour qu'on puisse parler d'un régime politique certes corrompu, mais malgré tout relativement libre et démocratique. En revanche, en ce qui concerne les libertés individuelles, la situation du Mali est à mon avis extremement grave et d'autant plus choquante qu'au-delà de toute considération de bien-etre, de prospérité ou de liberté politique, il s'agit des libertés qui fondent véritablement la dignité humaine, celles qui font qu'on respecte la valeur d'un etre humain et qui sont la dernière limite en decà de laquelle se situe tout simplement la barbarie... 
 
Depuis que je vis ici et que je cotoie les maliens, j'ai accumulé tellement d'anecdotes et d'exemples de pratiques majoritaires voire quasi-systématiques que je ne sais même pas par quel bout commencer mon argumentation. Evidemment, les pratiques les plus choquantes concernent les catégories les plus fagiles de la population que sont les femmes et les enfants.
 
En ce qui concerne les femmes, il est évident que la place qu'on leur accorde dans la société malienne d'une manière générale viole déja de fait les articles 1, 2 et 7 de la Déclaration universelle des droits de l'homme de l'ONU (respectivements relatifs à l'égalité de tous les êtres humains en droit, à l'absence de discrimitation fondées sur le sexe et à l'égalité d'accès à la justice) car les femmes n'ont clairement pas les mêmes droits effectifs que les hommes. En effet, même si les lois garantissent en théorie l'égalité entre hommes et femmes, le caractère encore totalement patriarcal de la société malienne prime et si une femme se présente au comissariat parcequ'elle s'est enfuie de chez elle à cause des mauvais traitement de son mari, elle est dans la plupart des cas reconduite chez elle par la police qui considère encore que de telles pratiques sont normales.
 
AU-dela de cette situation générale, on peut aborder des pratiques plus spécifiques et particulièrement choquantes qui violent de manière flagrante la Déclaration de l'ONU: Tout d'abord l'excision, pratique quasi-systématique au Mali et évidemment contraire à l'article 5 relatif aux traitements et pratiques cruelles et dégradante et à l'article 12 relatif au respect de la vie privée et intimes et aux atteintes à l'honneur et à la dignité. Ensuite, le mariage forcé qui s'il semble plus banal et moins choquant est pour moi tout aussi révoltant, surtout lorsqu'on connait en détail les pratiques qui accompagnent cette "tradition". En effet, il faut avoir le coeur bien accroché lorsqu'on vous raconte la manière dont la future mariée est isolée de ses proches confiée durant les deux semainbes précédant le mariage à la garde d'une vielle femme dépositaire de la "tradition" qui est chargée de l'affaiblir méthodiquement en vue de la rendre la plus docile possible le jour du mariage. Je passe le détails des différentes méthodes comme l'ajout dans la nourriture de produits laxatifs visant à épuiser la future mariée, toujours est-il que le mariage forcé n'est dans beaucoup de cas rien d'autre que du viol institutionnnalisé, car la même vielle sorcière appelée en bambara magnambaga est également chargée de veiller à la bonne consommation du mariage lors de la nuit de noce. Pour cela, elle dispose d'une chambre qui jouxte celle des jeunes mariés et est chargée le cas échéant de porter main forte à l'époux si sa femme fait preuve d'une quelconque résistance!! La aussi, ces pratiques violent évidemment comme précédemment les articles 5 et 12 mais aussi l'article 16 qui garantit l'égalité des droits face au mariage et impose le libre consentement des deux époux...
 
Pour ce qui est des enfants, la situation n'est guère plus brillante. Tout d'abord, les pratiques évoquées plus haut s'appliquent également à des mineures (systématiquement dans le cas de l'excision mais aussi parfois dans le cas du mariage), et il faut y ajouter le travail des enfants, extrèmement répandu et qui va même parfois jusqu'à approcher des situations d'esclavage comme dans le cas des petites bonnes (encore des filles d'ailleurs!) dont les familles sont trop pauvres pour les nourrir et qui les confie donc à une autre qui les nourrit et leur verse une somme dérisoire (entre 5 et 10 € par mois). EN échange, la bonne est chargée de tout les travaux domestiques de la maison et travaille en général tout les jours du matin au soir sans interruption, dormant généralement à même le sol dans le couloir et ne sortant que pour aller en commission à la boutique ou au marché. En voyant la bonne de ma voisine agée d'environ huit ans, les traits déja durs de quelqun qui a grandit trop vite, toute maigre mais avec d'impressionnant biceps, je ne peux m'empécher de songer à Causette, surtout lorsqu'elle monte l'escalier en portant un énorme seau d'eau et croise la fille de la voisine, du même age, toute propre et fraiche, qui part à l'école avec son joli cartable... Mais les garcons sont également dans une moindre mesure victimes de mauvais traitements. Nombreux sont ceux qui ne vont pas à l'école et sont obligés de travailler comme vendeurs à la sauvette, laveur de pares-brises, cireurs de chaussures ou apprentis dans les sotramas. Quant aux violences et aux atteintes à l'intégrité physique, elles sont fréquentes et souvent carrément barbares... Au-dela des systématiques raclées infligées par les pères à l'aide de divers objets allant du fouet aux courroies de caoutchouc, et qui laissent souvent d'impressionnantes cicatrices, il y a également les vieilles tantes qui semblent rivaliser de pratiques cruelles, l'une des plus répandues étant apparemment l'application de piment dans les yeux mais aussi sur les parties génitales...
 
Les autorités afficielles et les policiers ne sont pas en reste dans ces mauvais traitements... Ainsi, Lalia me racontai encore dernièrement en rigolant (comme toujours quand elle évoque les souvenirs les plus horribles) comment à 14 ans elle s'était retrouvée plusieurs heures pendues par les mains menottées accrochées au plafond et comment elle avait vu son ami du meme age se faire tabasser et se prendre des décharges éléctrique pour une simple histoire de vol dont ils étaient soupçonnés...
 
Voilà, tout ca est plutot difficile a supporter surtout pour moi qui vient d'une Europe ou non seulement on ne connait plus, ou quasiment plus ce genre de barbaries mais ou l'on vit dans un océan de confort et de privilèges difficile a imaginer quand on vit ici... AU moins, il me reste les mots pour vidanger le trop plein de tristesse, d'écoeurement et de désespoir qui ne me quitte presque plus ces derniers temps. Certes, je peux toujours me dire que je rentre bientot, et que je serais de nouveau à l'abris de tout ca, que je pourrais tenter de l'oublier en toute bonne conscience car je ne l'aurai plus sous les yeux, mais en fait, c'est justement ca qui rend plus intolérable encore ma situation car je ne ne me sens pas le droit de compatir réellement de manière décente et honnète à tant de malheur.
20 aprilie

Il pleut, il pleut bergère...

Hé oui, après presque sept mois de sécheresse totale, les toutes premières gouttes de pluies de la saison sont enfin tombées cette nuit... Je dis enfin car j'avais bêtement l'espoir qu'après une si longue absence, l'eau du ciel allait féter son retour dignement et avec fracas, et qu'un bon déluge viendrait ainsi rafraichir l'atmosphère qui devient de plus en plus chaude et étouffante notamment à cause de l'harmattan, ce vent chaud et sec venu du désert. Mais je dois avouer que j'ai été décu...
Pourtant, le prélude s'annoncait alléchant. Un vent humide s'était levé dans la soirée et nous avons eu droit à une magnifique série d'éclairs d'une puissance telle qu'on avait l'impression que quelqu'un la-haut (qui, je ne sais pas) s'amusait avec l'interrupteur céleste, surtout qu'ici il n'y a pas d'éclairage la nuit, donc chaque éclair illuminait la ville qui se retrouvait pour une fraction de seconde aussi éclairée qu'en plein jour. Mais après cette impressionnante entrée en matière, plus rien. Le tonnerre s'est tu, les éclairs on disparu et le vent est complètement tombé. Dépités, nous sommes donc allés nous coucher sur le toit comme d'habitude, mais c'était sans compter le caractère capricieux de la météo car une fois tout le monde plongé dans un sommeil profond, la pluie est venu délicatement nous réveiller. Mais loin d'etre le réjouissant déluge que j'attendais, la pluie est restée très modeste, même pas digne d'une bonne vieille averse normande... En fait, il a plu juste assez pour nous obliger à réintégrer la fournaise infernale des chambres pour y finir la nuit (autant dire qu'on ne l'a pas finit!), mais pas assez pour rafraichir véritablement l'atmosphère. De toute facon, je n'ai plus trop d'espoir de ce coté là car on m'a expliqué que cette première pluie dite "pluie des mangues" car elle permet d'amener à maturité les dernières mangues de la saison, ne marque pas véritablement le début de la saison des pluies (donc la fin de la saison chaude) mais au contraire, qu'elle entraine une nouvelle hausse des températures qui est rendue enore moins supportable à cause de l'humidité.... Ca promet!! 
13 aprilie

CHALEUR, MANGUES et POLITIQUE

 
 
Salut à tous, hééé oui, si le site s'est étoffé ces derniers temps avec l'ajout de nombreux liens et l'apparition des rubriques livres et musique, il est vrai que la rubrique Blog a du coup été quelque peu laissée à l'abandon. Comme certains m'en ont fait le reproche (merci Awa), j'ai décidé de m'y remettre, mais l'inspiration n'étant plus au rendez-vous pour rédiger des billets sur des aspects particuliers de la vie malienne, je préfère vous livrer en vrac les dernières nouvelles de Bamako...
 
Le premier changement important à noter c'est la température!!! En effet, le Mali est vraiment entré dans le pic de la saison chaude, c'est à dire qu'il fait largement 40-45° avec un vent chaud venu directement du désert et qui charrie plus que jamais sable et poussière, ce qui associé à la pollution, rend l'atmosphère encore plus irrespirable que d'habitude. A l'intérieur des batiments, c'est une vraie fournaise, surtout à la nuit tombée car le béton restitue la chaleur emmagasinée durant la journée. Résultat, tout le monde migre sur le toit pour dormir ce qui est relativement plus supportable à condition qu'il y ai un petit souffle de vent, mais dès le matin, le soleil cuisant se charge de réveiller tout le monde et dès 7h30, on a le sentiment d'avoir passé une journée entière sous le soleil tellement le sentiment de chaleur est fort et la sueur coule déja à flot...
 
L'autre nouveauté dans les habitudes de vies à Bamako se situe au niveau alimentaire, c'est la pleine saison des mangues. Avis aux gourmands, le délicieux fruit jaune orangé a littéralement envahi les marchés et les bords de route. Aux petites mangues filandreuses des débuts, sont venu s'ajouter les mangues greffées à la délicieuse chair tendre et juteuse. On en trouve de toute les tailles, jusqu'au format ballon de rugby de la variété dite "américaine" (évidemment, ils font toujours tout plus gros que les autres ceux-là...). Quant au prix, c'est carrément la chute libre... Si les premières petites mangues valaient dans les 50cfa pièces, on en trouve désormais trois pour ce prix là, et quant aux grosses et délicieuses greffées, elles sont déja passées de 100cfa à 25cfa pièces et on m'a dit qu'il y en aurait bientôt tellement que les prix vont chuter jusqu'à 10cfa pièce (soit 1,5 centime d'euro!!!!!).
 
Enfin, autre fait nouveau, et non des moindres de mon point de vue de Sciencepotard, ici aussi, la campagne présidentielle est lancée!! Le climat politique dans laquelle elle se déroule n'as cependant pas grand chose à voir avec la France. Tout d'abord, la vie politique de ce pays est très particulière, même en comparaison des autres pays de la sous-région. En effet, s'il existe comme ailleurs une multitude de partis, on s'intérroge sur leur utilité car l'immense majorité d'entre eux se sont ralliés à la candidature du président sortant Amadou Toumani Touré (ATT comme on dit ici) -qui lui n'est en revanche affilié à aucun parti!- au nom d'un concept politique spécifique au Mali, celui du "consensus national", qui prévalait déja au sein du gouvernement sortant. On ne peut pas parler de dictature car les élections sont unanimement reconnues comme étant libres mais tout se passe comme si les maliens choisissaient volontairement de se placer sous l'autorité d'un seul homme et même s'ils le critiquent parfois violemment, la plupart reconnaissent qu'ils voteront pour lui. Il faut dire que pour des raisons historiques sur lesquels je ne vais pas revenir ici, ATT s'est très habilement bati une image de garant de la démocratie et de l'unité nationale, et communique de manière très efficace sur son action en particulier en terme de construction de logement sociaux, qui font cruellement défaut au Mali. Il faut dire que l'appareil de communication étatique est très efficace et ne fait pas dans la dentelle... Si on ne peut parler de dictature, on peut en revanche sans trop exagérer parler de propogande!! Depuis six mois que je suis ici, je n'ai pas vu un seul journal du soir de l'ORTM (télé nationale) qui ne s'ouvre pas sur l'action énergique et efficace du président ATT, ou sur l'une des innombrables inaugurations auxquelles il adore se montrer. Mais à l'approche de l'ouverture de la campagne, l'ORTM en a rajouté une couche en suivant en longueur, les différents rassemblements citoyens d'appels à la candidature du président ATT organisés dans les principales villes du pays. A voir ca, on avait l'impression que la population entière se réunissait pour supplier le bon président ATT de bien vouloir se représenter afin de ne pas abandonner le pays à une catastrophe certaine... C'était hallucinant!! Depuis l'ouverture officielle de la campagne, l'ORTM est obligée de diffuser les spots de tous les candidats, mais pour ce qui est de l'affichage électoral, ce régime d'équité ne prévaut plus du tout... Un seul exemple, les deux ponts de la ville per lesquels transitent la quasi-totalité de la population de Bamako ont vu en une nuit tous leurs lampadaires affublé d'un magnifique portrait d'ATT avec sa bonne tête d'abruti ce qui fait que son visage est présent tous les 10 metres sur toute la longueur du pont... Sans parler des sotramas et autres supports mobiles sur lesquels les portaits d'ATT ont égalmement fleuris en masse...
 Décidémment, le suspense de cette élection présidentielle est insoutenable et va nous tenir en haleine jusqu'au bout!!! LOL
 
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Bons plans pour partir a la découverte de l'Afrique...